Un photographe entre géographie et humanisme

Pour Jean COIS, la photographie prolonge naturellement son histoire personnelle et son regard de géographe. Ancien professeur d’histoire-géographie, il a enseigné de longues années en collège avant de se consacrer pleinement à la photo à partir de 2012, retrouvant ses terrains de prédilection : le portrait et la scène de rue.​

Sa jeunesse dans le Pays de Caux des années 60, juste avant la révolution agricole, l’a marqué durablement : il y observait les cantonniers, les paysans, le travail manuel de la terre, découvrant que « des gens vivaient autrement qu’en ville ». Ce lien au terroir se retrouve dans son travail, notamment dans la série de plaques de verre de la Première Guerre mondiale retrouvées dans un grenier à Roumare, qu’il a fait scanner, restaurer une à une et accompagner de récits mêlant mémoire familiale, fiction et histoire. Son admiration pour Maupassant, chroniqueur des mêmes paysages cauchois, nourrit directement ses textes et ses fictions photographiques.​

La philosophie de l’instant et de l’échange

Le travail de Jean COIS repose sur un opportunisme bienveillant : il se définit lui‑même comme « opportuniste », attiré par « tout ce qui bouge ». Dans la rue, il déclenche souvent d’abord, pour saisir la vérité d’un visage ou d’un geste, puis va à la rencontre de la personne pour se présenter, montrer l’image et proposer de la supprimer si elle dérange.​

Quelques principes structurent sa pratique :

  • La transparence comme éthique : en cas de sourcil froncé ou de gêne, il va systématiquement vers la personne, explique sa démarche et laisse toujours la possibilité de dire non.​
  • Briser la glace : il utilise volontiers la « méthode du chien » en demandant aux gens de prendre leur animal dans les bras pour un portrait, ce qui détend l’atmosphère et crée un contact chaleureux.​
  • La patience dans la relation : pour certains portraits plus intenses, comme cet homme lisant sa Bible à un arrêt de bus au Havre, persuadé d’avoir affaire aux Renseignements généraux, il est passé chaque semaine pendant un mois avant d’obtenir enfin un regard et un accord qui condensent « toute la misère du monde ».​

Pour lui, la progression passe aussi par une forme de courage relationnel : « se faire violence » pour aller vers les autres, surtout quand on n’est pas de nature extravertie.​

Entre réalité et fiction : raconter des histoires

Une singularité forte de Jean COIS est son goût prononcé pour l’écriture. Il accompagne souvent ses images de textes où faits réels et fiction historique se mélangent, jusqu’à brouiller volontairement les pistes.​

  • Sur la plage de Saint-Aubin-sur-Mer, il imagine par exemple, dans un style très « Maupassant », le regard d’un Parisien découvrant les pêcheurs au « pousseux » et les jeunes filles qui les observent, transformant une scène de crevettes en petit théâtre social.​
  • Pour la série des plaques de verre 14‑18, il brode des histoires autour de soldats, de familles, de chiens teckels accusés de tous les maux, créant une micro‑mythologie cauchoise où l’humour côtoie la tragédie.​

Cette dimension narrative lui a parfois valu des malentendus sur les réseaux sociaux : certains lecteurs prennent ses récits au premier degré, allant jusqu’à l’accuser d’exploiter des drames qui n’ont jamais eu lieu, ce qui l’oblige à rappeler le caractère fictionnel et créatif de son travail.​

Une pratique technique au service du Fine Art

Techniquement, Jean COIS revendique une grande simplicité pour rester mobile et réactif dans la rue.​

  • Le matériel : il travaille principalement avec un boîtier Pentax, dont la stabilisation intégrée au boîtier lui permet d’utiliser de vieux objectifs des années 70 tout en conservant une excellente netteté, même à vitesses relativement lentes.​
  • Les focales fixes : il privilégie des focales proches de la vision humaine, comme son 43 mm ou un 50 mm lumineux, qu’il qualifie de « sacrés cailloux ». À force d’usage, il « connaît » leur champ visuel au point de cadrer presque sans réfléchir.​
  • Les réglages : il pratique la priorité ouverture, se situant en général entre f/3,5 et f/4 pour le portrait, avec une gestion automatique des ISO jusqu’à 3 200 qu’il sait ensuite traiter sans crainte du grain.​

Sur le plan du tirage, Jean COIS considère que le processus créatif ne s’achève qu’une fois l’image sur papier.​

  • Il réalise lui‑même ses impressions sur papier Fine Art « qualité musée », utilisant une imprimante et des papiers haut de gamme.​
  • Il calibre son écran Eizo avec une sonde pour garantir une parfaite cohérence écran/papier, et travaille toujours d’abord en couleur avant de convertir en noir et blanc, afin de jouer précisément sur chaque canal (bleu du ciel, jaune d’un vêtement, etc.) pour modeler contrastes et matières.​
  • Il découpe aussi lui‑même ses passe‑partout sur mesure et encadre une grande partie de ses tirages, assumant des formats généreux pour offrir une expérience visuelle immersive en exposition.​

Trois images pour comprendre sa démarche

Chris, le SDF à la capuche

À Paris, près des Halles, Jean COIS remarque Chris, un sans‑abri dont il trouve le visage « très beau ». Chris accepte d’être photographié à condition qu’on lui « paye un coup ». Le photographe lui offre alors un pack de canettes, inaugurant une relation franche et sans hypocrisie. Sur le portrait, Chris a remonté sa capuche, ce qui donne à son visage un caractère presque christique, renforcé par la barbe, le regard intense et le cadrage serré.​

Jean COIS insiste sur le fait que cette image n’est pas un « vol » : elle résulte d’une négociation, d’un échange et d’une reconnaissance mutuelle, confirmée lorsqu’il recroise Chris un mois et demi plus tard, ce dernier le présentant à son entourage comme « génial ».​

Monsieur Cerveau au « pousseux »

Sur la plage de Saint-Aubin-sur-Mer, il photographie « Monsieur Cerveau », pêcheur au haveneau ou « pousseux ». L’image, qu’il travaille en noir et blanc à partir d’un fichier couleur, magnifie les gouttes d’eau, la tension du filet et la posture du pêcheur de dos, tout en laissant deviner en arrière-plan d’autres silhouettes engagées dans la même activité.​

Autour de cette photo, Jean COIS écrit un texte inspiré de Maupassant, où un Parisien découvre ce microcosme littoral. Fidèle à son éthique de « photographe de rue » honnête, Jean COIS avait promis à « Monsieur Cerveau » de lui envoyer la photo. Il raconte que l’homme a été très touché de recevoir le tirage, allant jusqu’à dire que Neo était « quelqu’un de sérieux ». Cette relation de confiance, discrète mais essentielle, irrigue la photographie et donne à ce portrait de dos, pris dans l’action, une profondeur humaine supplémentaire.

Le boxer blanc et son reflet

À Duclair, dans un bar tenu par les parents d’un de ses élèves, il photographie un boxer blanc, d’abord attiré par le potentiel graphique du reflet dans la vitre. Pour lui, sans ce reflet, la photo perdrait une grande partie de son intérêt : le dédoublement du regard de l’animal vers l’extérieur devient l’axe de la composition, tandis qu’une silhouette humaine floue au second plan ancre discrètement l’image dans la photo de rue.​

Lorsque Jean COIS montre la photo en classe, un élève reconnaît soudain « son » chien et fait le lien avec le bar familial, transformant une scène anodine en petite histoire de territoire, de mémoire et de communauté.​

Un message aux photographes

À l’occasion de sa rencontre avec l’association Objectif Déclic, Jean COIS livre plusieurs pistes de réflexion aux photographes amateurs :

  • Se détacher de la technique : choisir un boîtier fiable, une bonne focale fixe et un flux de travail maîtrisé, puis cesser de se laisser paralyser par les réglages.​
  • Nourrir son regard : aller voir beaucoup d’images, visiter les expositions (il recommande par exemple Martin Parr au Jeu de Paume), lire, s’ouvrir à d’autres pratiques.​
  • Travailler dans la durée : accepter l’idée de séries au long cours sur des thèmes précis (chiens et maîtres, littoral normand, portraits de rue, plaques de verre 14‑18), plutôt que de s’éparpiller.​
  • Assumer son positionnement : après s’être entendu dire en lecture de portfolio qu’il devait choisir un seul sujet pour être « reconnu », il a choisi de rester fidèle à lui‑même, quitte à renoncer à certaines formes de notoriété.​

Qu’il s’agisse d’un SDF à Paris, d’un pêcheur au « pousseux » ou d’un enfant sur une plage normande, Jean COIS cherche moins à se prendre pour un artiste qu’à vivre pleinement une passion exigeante, faite d’intégrité, de rencontres et d’histoires partagées. Pour les photographes amateurs, sa démarche rappelle qu’un regard sincère, patient et curieux peut, à lui seul, faire naître des images qui comptent

Pour découvrir l’univers de Jean COIS, vous pouvez explorer ses images sur plusieurs plateformes en ligne. Chaque espace propose un aperçu complémentaire de son travail de portraitiste et de photographe de rue, entre Normandie et grandes villes.

  • Sur Instagram : https://www.instagram.com/jcois, vous trouverez ses séries récentes, ses textes et ses histoires d’images, au plus près de sa pratique quotidienne.
  • Sur la galerie Pentax : https://pentaxphotogallery.com/cois, une sélection de tirages soignés met en valeur la dimension graphique et fine art de son travail.
  • Sur Facebook : https://www.facebook.com/jean.cois, il partage ses actualités d’expositions, ses projets au long cours et échange avec le public autour de ses photographies.

Ces trois liens offrent une porte d’entrée idéale pour suivre son regard, comprendre ses séries et s’inspirer de sa démarche de photographe de rue humaniste.

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