Invité pour la première masterclass de la saison de l’association Objectif Déclic, Stéphane Lhôte a partagé bien davantage qu’un parcours de photographe voyageur. Au fil d’un échange avec les adhérents de l’association, le journaliste reporter d’images à France 3 a défendu une photographie de présence, de patience et de rencontre.
Les voyages, les commandes et les années de reportage sont guidés par une même conviction. Photographier, c’est d’abord être là et regarder assez attentivement pour reconnaître le moment où quelque chose se transforme.

Une passion devenue manière de vivre
Stéphane Lhôte exerce le métier de journaliste caméraman à France 3 depuis trente-sept ans. La photographie constitue une passion parallèle, mais nullement une activité occasionnelle. Elle l’a conduit à réaliser des livres et des expositions, à honorer des commandes pour les ministères du Tourisme du Mali et de la Côte d’Ivoire et à travailler pendant dix ans dans la photographie de voile.
Tout commence à quatorze ans, avec un appareil offert par son grand-père. Les mercredis après-midi, la salle de bains familiale devient un laboratoire improvisé. Avec un ami, il y développe ses photographies en noir et blanc. À dix-huit ans, un premier séjour au Kenya lui fait découvrir le voyage, alors qu’il rêve encore de photographie animalière. La photographie de voile occupera également une place importante dans son parcours.

Apprendre la technique pour ne plus penser qu’à l’image
Chez Stéphane Lhôte, la discrétion du discours technique ne signifie pas le désintérêt pour le savoir-faire. C’est précisément parce qu’il maîtrise le diaphragme, la vitesse, la focale et la profondeur de champ qu’il peut consacrer son attention au sujet. « Je n’ai pas l’appréhension de la technique, je l’ai intégrée », explique-t-il aux adhérents.
Une panne survenue pendant un tournage pour Thalassa donne à cette idée un relief particulier. Embarqué pour dix jours, il se retrouve privé du viseur de sa caméra. Il poursuit pourtant le reportage, en s’appuyant sur ses acquis et en adaptant ses plans aux contraintes.
Pour les photographes présents, la leçon est claire et rappelle que l’apprentissage des réglages n’est pas une fin en soi. Il prépare cette liberté de réaction qui permet de ne pas perdre un geste, une expression ou une éclaircie pendant que l’on cherche une commande sur son boîtier.
Pour Stéphane Lhôte, la voile a été l’école du cadrage. Sur les bateaux, il faut composer vite, anticiper les mouvements et travailler dans des conditions changeantes. Auprès du navigateur Paul Vatine, dont il a été le photographe pendant dix ans, il constituait des banques d’images destinées aux médias. La navigation de jour comme de nuit, les manœuvres, les vues depuis un autre bateau ou un hélicoptère demandaient une pratique exigeante où l’anticipation comptait autant que le déclenchement.


Déclencher moins, choisir davantage
Stéphane Lhôte a conservé de la diapositive une économie du geste. À l’époque, chaque photographie avait un coût. Il fallait décider avant de déclencher. Le numérique n’a pas effacé cette discipline.
Il prend l’exemple des pêcheurs à l’épervier qu’il choisit de ne pas shooter en rafale. Il préfère se positionner, observer et saisir le moment où le filet se déploie. « Si elle est ratée, elle est ratée ». Son plaisir réside dans cette tentative précise et non dans l’assurance d’obtenir une image parmi une longue succession.

Cette retenue ne signifie pas qu’il photographie rarement. Il photographie tous les jours. Lors d’une séance de deux heures consacrée au windsurf, il explique réaliser environ 150 images, puis n’en retenir qu’une dizaine pour la justesse du geste. Il distingue ainsi la régularité de la pratique de l’accumulation des fichiers.
Son choix du JPEG fin plutôt que du RAW s’inscrit dans la même logique personnelle. Il utilise ponctuellement Lightroom pour recadrer ou ajuster la luminosité mais ne trouve pas son plaisir dans le travail de postproduction. Sans déprécier les photographes qui s’y consacrent, il situe sa satisfaction dans la réalisation de la prise de vue.
Le voyage commence par une rencontre
L’Afrique occupe une place majeure dans son parcours. Mais ce qu’il raconte d’abord, ce sont des séjours, des échanges et du temps partagé. Une traversée de deux mois, du Maroc au Bénin, avec des nuits sous la tente dans les villages, a profondément marqué sa manière de voyager et de photographier.

L’accueil, le rire et le partage font partie de ce qu’il souhaite montrer dans ses périples. Son regard est personnel. Il ne prétend pas raconter un continent entier. Sa démarche consiste à restituer des expériences humaines plutôt qu’à dresser un inventaire de destinations.


En Inde, il évoque la fête de Holi vécue au sein d’une famille. Participer, se retrouver couvert de couleurs, danser et partager la joie change la nature des photographies rapportées. L’appareil n’est plus seulement tourné vers une scène extérieure, il accompagne une expérience dont le photographe fait lui-même partie.
Cette recherche de proximité cohabite avec son goût pour les scènes de vie prises discrètement, sans pose. Chez Stéphane Lhôte, la relation humaine demeure une composante essentielle du travail de terrain.

Quand un peintre apprend au photographe à attendre
Le voyage ne lui a pas seulement appris à avancer. Il lui a aussi appris à s’arrêter.
Avec le peintre Christophe Ronel, rencontré lors d’une exposition, Stéphane Lhôte découvre un autre rythme. Le photographe, habitué à chercher son image en mouvement, reste aux côtés du peintre qui, lui, s’installe. Dans des casbahs marocaines, cette immobilité lui permet d’observer la lumière évoluer puis de saisir des rayons et des percées lumineuses qu’il aurait manqués en poursuivant sa route.

« Parfois, plutôt que de chasser l’instant, il faut laisser l’instant venir à soi. » Attendre ne signifie pas renoncer à agir : c’est reconnaître qu’une image peut se construire par la transformation du lieu plutôt que par le déplacement du photographe.
Face à l’IA, défendre le plaisir d’avoir été là
Les échanges avec les adhérents d’Objectif Déclic abordent également l’intelligence artificielle et le trouble qu’elle introduit dans notre relation aux images. Stéphane Lhôte raconte avoir expérimenté l’ajout d’une aurore boréale à une photographie tout en exprimant son inquiétude devant les images fabriquées que l’on pourrait prendre pour des scènes réellement observées.
Obtenir un éclair artificiel ne procure pas, pour lui, la satisfaction d’avoir attendu l’orage et réussi à le photographier. Le résultat visuel ne résume pas tout. Comptent aussi l’attente, l’incertitude, le déplacement et la rencontre qui ont rendu la photographie possible.

Des images qui continuent dans les mots
Pour conclure cette masterclass, Stéphane Lhôte a présenté son dernier ouvrage réalisé à compte d’auteur avec le poète Michel Robakowski. Les textes sont nés de photographies découvertes sur les réseaux sociaux. L’échange entre les deux artistes a ensuite pris la forme d’un livre publié par leurs propres moyens.
Cette alliance des mots et des images prolonge ce que recherche Stéphane Lhôte dans les expositions. Il aime être présent, raconter les circonstances d’une prise de vue et écouter les visiteurs. « La photographie, c’est avant tout le partage », affirme-t-il.
Après les récits de voyage et les échanges techniques, la masterclass s’est achevée autour d’un verre, offrant aux adhérents d’Objectif Déclic un moment de partage avec Stéphane Lhôte autour de leur passion commune pour la photographie.
Pour prolonger la rencontre et découvrir son univers :